
By JP Linard
Est-ce que vous pouvez vous présenter en quelques mots?
Daddy Cookiz: "On est Atomic Spliff. Stoneman et Daddy Cookiz, en formation sound system. On est tout un groupe accompagné d'un band, avec notre bassiste Boris, notre batteur Renaud, notre guitariste Moko et notre claviériste Di Maria. Là on est en sortie de tournée 2015, qui s'est super bien passée, on est content et au top!!!"
Stoneman: "Yaaah maaan!!!"
Vous avez sorti votre album intitulé 'Ras Attack', un projet 100% autoproduit. Combien de temps avez-vous mis pour le réaliser?
Stoneman: "En fait, 'Ras Attack' pour moi, on a tous travaillé un temps différent dessus. Par exemple, Mr Regulah qui est ici présent, a enregistré l'album dans son studio à Andenne et il a passé vraiment beaucoup d'heures sur le projet. Et l'album 'Ras Attack', c'est aussi le résultat de toutes nos années d'expériences que tu mets dans un projet, donc ça va même plus loin qu'un temps de conception."
Daddy Cookiz: "On a créé tous les riddims et juste la réalisation des riddims ça nous a pris énormément de temps. On a commencé plus d'un an avant l'album fini. Moi j'ai composé une partie des riddims à la maison, plus de manière digital, sur mon ordinateur avec des claviers... Après, on a amené les riddims au groupe, on a essayé de leur proposer de reprendre un peu le truc et donc, eux se sont réappropriés les compositions on va dire. Le band a aussi amené des idées en répétition. Donc ça vient un peu de chez moi, ça part d'une idée de texte de Stoneman, du groupe et donc voilà il faut du temps pour avoir un ensemble de morceaux où tu te dis: "là y a de quoi faire un album". Et ça peut prendre plus d'un an. Ce qu'il y a, c'est qu'on n'avait pas encore d'expérience. C'était la première fois qu'on sortait un album. Ici on remarque que, par exemple, on est déjà en train de travailler sur le prochain album et on a déjà des morceaux qui sont prêts. Ils ne sont pas encore enregistrés mais on les joue, on a les textes, on a tout. Et on était pas à ce stade là l'année passée."
Sur ce projet 'Ras Attack', on peut découvrir l'artiste jamaïcain P. Nyne et la sélection cuivres des vétérans belges Asham Band. Comment les collaborations se sont-elles faites?
Stoneman: "En fait, P. Nyne, vraiment, l'histoire exacte, c'est qu'il a vu notre clip 'Pas De Style' on ne sait pas comment. Et il a kiffé notre côté rub-a-dub à l'ancienne et le côté vintage du clip. Et il a contacté Daddy Cookiz, il lui a dit qu'il aimait ce qu'on faisait et qu'il voulait faire un son avec nous. Baaad!!! C'est génial parce que c'est lui qui nous l'a demandé. C'est la première fois qu'un artiste étranger nous demandait de faire un son avec nous. Puis nous, on a été voir chacun de notre côté sa vibe et on a tout de suite kiffé. Il a une bonne vibe rub-a-dub, le flow comme on l'aime. Un plaisir! Respect à P. Nyne!"
Daddy Cookiz: "Pour Asham Band, on les a contactés nous, Stoneman plus précisément. C'est une référence niveau reggae en Belgique, ils sont très forts!"
Stoneman: "J'ai découvert Asham Band grâce à Jagan Makoka. Jagan avait été appelé à faire quelques sons avec eux et il m'avait appelé aussi. Il me faisait faire des couplets aussi mais c'était toujours pour faire les backs de Jagan vu que c'est lui qu'on appelait à la base. J'ai été le backeur de Jagan Makoka pendant quelques années, c'est là que j'ai fait mon apprentissage. Puis de là, j'ai rencontré plein de personnes et de toutes ses rencontres, quand j'ai pensé aux cuivres, j'ai pensé Asham Band. Ces gars-là, ils tuent! Ils sont forts! Ils comprennent tout de suite ce qu'il faut faire pour que ça sonne reggae. A la limite sans répète, ils viennent et ils font un live parfait. On est vraiment content d'eux et on espère qu'ils seront sur le prochain album."
Vous avez enchaînez les dates pour la sortie du projet "Ras Attack". Comment s'est passée la tournée 2015?
Daddy Cookiz: "Super bien! Que des bonnes vibes, des bonnes rencontres, des bonnes expériences! On a propagé notre musique! On a beaucoup bougé c'est vrai. On a commencé en Mars et on a fait je pense 53 dates depuis la sortie de l'album."
Stoneman: "Yah man, c'était un truc de dingue, un truc de fou! Un peu épuisant pour moi sur la fin mais que des bonnes vibes! Et si tu veux voir la tournée 2015 de Atomic Spliff, il y a notre vidéo sur YouTube."
Daddy Cookiz: "C'est un reportage. On a déjà un petit reportage sur le festival Rototom. Là le reportage 'Atomic Spliff Summer Tour 2015', c'est sur toute la tournée 2015."
Apparemment, cette année, vous allez faire plus de dates en France? Pouvez-vous nous en dire plus?
Daddy Cookiz: "On est sur des contacts pour essayer de nous faire bouger plus vers la France mais on est pas encore fixé. Notre manager Camille essaye d'avoir des liens avec les bonnes personnes qui pourraient nous faire bouger là-bas. Et à mon avis, en premier temps, on va devoir un peu faire nos preuves en sound system. Un peu comme on a fait en Belgique. Se faire un nom en France. Parce que notre objectif c'est d'arriver avec le band, retransmettre autre chose. Le sound system on adore, c'est génial mais si après on peut arriver avec tous les musiciens c'est bon, c'est notre but."
Stoneman: "Le band fait partie de notre identité. En sound system c'est plus des remixes, on se fait plaisir. Sur les derniers sounds system de la tournée 2015, on a fait un petit passage du tune 'La Meca' qu'on avait pas fait depuis deux ans. On a refait un peu 'Jah Jah Bless', 'Génération Stress', des morceaux comme ça. Voilà ça fait plaisir les sounds system mais on a envie de montrer le band, faire tourner l'équipe. Après il y a plusieurs demandes sur internet de personnes qui aimeraient qu'on vienne jouer chez eux en France et c'est encore plus motivant!"
Daddy Cookiz: "Le but c'est de propager notre musique en France, en Belgique, partout!"
Stoneman, tu viens de sortir ta bande dessinée "Ras Attack", que tu as d'ailleurs présenté pour la fête de la BD d'Andenne. Peux-tu nous en parler?
Stoneman: "Yah maaan! Je me suis fait plaisir avant tout. Ça m'a pris quelques mois pour la faire. Quelques mois de travail, des cloques aux doigts. La BD illustre deux chansons de l'album qui sont, d'abord 'Ras Attack' et après 'We Ah' Digital'. Il y a beaucoup de caricatures de potes, des membres du groupe et d'autres surprises! C'est une BD que tu peux lire assez vite mais tu vas la lire et tu vas revenir sur des détails, tu vas revenir sur des personnages. Quand elle est sortie, j'étais excité comme un gamin, on est les héros d'une BD! A Andenne, il y a la fête de la BD qui existe depuis plus de 20 ans. Et chaque année, il y a une quarantaine d'artistes internationaux et belges qui y participent. Des pointures de la BD! Cette année il y avait des espagnols, des italiens, des français, vraiment des bons. Ils viennent dédicacés leurs BDs, leurs sorties... Moi j'étais là tout le weekend, j'avais mon stand avec les vrais. J'étais au milieu du bazar, j'étais excité. Je connais la fête de la BD et j'aurais jamais pensé qu'un jour je serais assis avec ces dessinateurs en train de faire un truc. Ils ont tous un niveau de fou! Je suis vraiment content d'avoir présenté et dédicacé ma BD là-bas. J'ai aussi exposé quelques toys, des Stony Toys en pierre que je fais. Là, j'ai commencé la deuxième BD! Avec Atomic Spliff on travaille sur le deuxième album et moi de mon côté je travaille sur ma deuxième BD!"
En fin d'année 2014, vous aviez fait la première partie de Macka B en Hollande. Une expérience positive?
Stoneman: "Très positive! C'était en Hollande, à Maastricht et on a été super bien reçu! C'est toujours agréable pour un artiste d'avoir un bon backstage et là c'était au top! Il y avait un traiteur jamaïcain qui était là pour nous faire la cuisine... Bad!!! Ce backstage était vraiment agréable. On a croisé Macka B, on a pu le saluer, faire une photo avec lui... Et puis le son sur scène était super. Il y avait des retours de bonnes qualités partout sur la scène, ça sonnait bien dans la salle. Et le public hollandais, je me souviens, ils avaient vraiment appréciés notre vibe alors qu'ils ne comprenaient pas les paroles. On a vraiment eu un bon retour de ce concert-là, des organisateurs et du public. Les organisateurs nous ont d'ailleurs réinvités pour chanter avec Mad Professor dans une autre soirée à Maastricht. Donc on a vraiment un bon contact avec les gens en Hollande. En même temps, Maastricht c'est tout prêt de Liège, on casse les frontières! Il y a même des hollandais qui sont venus nous voir au Live Club et ça fait plaisir qu'ils se déplacent pour venir nous voir!"
Daddy Cookiz: "Ce qu'il y a, c'est qu'entre Liège, Maastricht et Aix-la-Chapelle, t'as vraiment un triangle, on est vraiment pas loin. La Belgique, la Hollande et l'Allemagne sont tout prêt l'un de l'autre. Et donc, cette année-là, on a pas mal travaillé les connexions entre les trois pays. On a bougé sur Maastricht, on a bougé sur Aken avec Small Axe Sound, on a joué là-bas avec Mungo's Hifi, Solo Banton... Et puis eux sont venus aussi en Belgique. On a travaillé les connexions des trois pays pour pouvoir rester uni et profiter qu'on ne soit pas loin des frontières. Après ce qui est positif, c'est que quand on bouge là-bas, que ce soit en Allemagne ou en Hollande, on se rend compte que malgré la barrière de la langue, les gens apprécient la vibe. Ils sentent le truc sans comprendre les paroles. Ils sont réceptifs à ce que l'on fait, c'est super intéressant. La musique parle! Ce sont des bonnes connexions. Le monde est grand mais les frontières, c'est rien du tout!"
Daddy Cookiz, tu étais dans le rap avant de faire du reggae. Peux-tu nous en parler?
Daddy Cookiz: "En fait, je n'ai pas commencé en tant que rappeur, j'étais déjà toasteur à l'époque. Mais disons que je prenais des accents plus ragga mais toujours sur des versions hip-hop, parce que j'évoluais avec mon pote Marco Soza. On avait créé notre groupe à l'époque qui s'appelait Main Sale. C'était un projet plus hip-hop mais dans lequel on intégrait du reggae aussi. Et c'est avec ce projet-là que, petit à petit, j'ai exploité les riddims reggae et dancehall. Et je me suis dirigé petit à petit vers ses musiques là. Au départ moi, j'ai commencé à toaster avec mes potes dans les voitures, je n'avais pas de texte, pas d'instru, rien du tout. C'était les plus grands de mon village qui me prenaient en voiture et moi, je faisais des freestyles. Mais je n'avais pas de texte, donc je racontais un peu toutes les histoires du weekend. Je racontais des histoires marrantes et eux, ils rigolaient. Ils m'ont motivé et encouragé à continuer. Puis je suis allé à Liège, j'ai rencontré Malik, un rappeur du Luxembourg, qui m'a vraiment appris à me poser, à écrire mes textes, à travailler des thèmes, à travailler mes mesures. Malik m'a apporté ce côté "écriture". Puis après avec mon pote Marco, on a créé le projet Main Sale. Et en fait, ce projet est sorti en 2010. Mon premier projet! Puis j'ai écrit pas mal de sons reggae, plus dancehall. J'étais plus inspiré par le grime, dub, dubstep... Et mon pote Marco qui rappait à l'époque avec moi, était moins inspiré par ses riddims-là, donc lui a moins posé sur ces versions-là. Ce qui a fait que, j'ai accumulé on va dire 13, 14 morceaux solo et j'ai alors sorti la mixtape 'L'école Des Sound System'. Et j'ai appelé le projet ainsi parce que c'est la période dans laquelle, moi je suis rentré dans Atomic Spliff. Stoneman petit à petit m'a fait venir sur scène et j'ai appris avec Stoneman, Jagan Makoka, Deux13... J'étais sur la scène, le selecta mettait une instru et je ne savais pas quelle instru il allait balancer. Donc je devais improviser, je devais faire mon truc. Ça m'a fait évoluer et 'L'école Des Sound System' parle de tout ça. Sur cette mixtape, Stoneman a posé 'Country Man' avec moi et là ça été un peu une révélation. On a fait ce son ensemble, on a kiffé et du coup on a continué à écrire ensemble. Au final, on avait pas mal de morceaux et on a décidé de faire un truc à nous deux. Stoneman voulait faire un album, sortir un projet. On a uni nos forces et on a sorti la 'Piratomixtape'. Et là tout a démarré et on ne s'est plus arrêté jusqu'à maintenant!"
D'où vient le nom Atomic Spliff?
Stoneman: "En fait, il y a une centrale atomique à Huy. La centrale nucléaire de Tihange. Et de mon village à Andenne, toute ma jeunesse j'ai vu le nuage de la centrale dans le ciel. Et donc "atomic". Et je ne sais plus la date exacte mais il y a au moins 15 ans, j'écoutais 'Light Up Your Spliff' de Bush Chemists, un groupe anglais. J'écoutais ça à l'époque, j'adorais ce tune! Et donc "spliff". Et ça a fait Atomic Spliff! Et le nom Atomic Spliff est apparu avant 2000, j'étais jeune quand je l'ai créé et voilà ça sonnait bien dans ma tête. Et j'ai toujours voulu garder ce nom."
Daddy Cookiz: "Quand on a créé le groupe avec le band, on s'est dit: "qu'est-ce qu'on prend comme nom?". Parce que Atomic Spliff, c'était un collectif à la base. Stoneman l'a créé avec une radio, puis il a mixé avec Mr Regulah. Ils ont commencé à faire des soirées à Huy, puis ça s'est exporté à Liège. Stoneman a tellement bossé pour ce projet, qu'on a décidé de garder ce nom. On a des morceaux conscients mais on fait aussi des sons avec des thèmes. On aime bien faire rire les gens, être dans le délire mais toujours en plaçant des petits trucs, sans être trop sérieux non plus, sans être moralisateur. Donc je trouve que Atomic Spliff nous ressemble bien, c'est un nom plus fun et ça colle bien avec nos identités."
Stoneman: "Et puis je préfère voir Atomic Spliff sur l'affiche. Tu représentes tout le groupe comme ça. Et tu n'as pas de pression... (Rire)."
Qu'est-ce qui vous a donné l'envie de prendre le micro et quelles sont vos influences musicales?
Daddy Cookiz: "Au départ, c'était pour raconter des délires, la vie des potes, la vie de tous les jours, c'est ça qui m'a donné l'envie de toaster. J'ai été inspiré par Raggasonic, Yellowman, vraiment le raggamuffin style, fin des années 90. C'est la musique qui m'a donné envie de faire de la musique! Le fait d'en écouter et d'être plongé là-dedans, ça te donne envie. Il y a quelques musiciens dans ma famille, de reggae aussi, donc j'ai été percé là-dedans, c'était la vibe que je ressentais au fond de moi-même. J'adore le hip-hop, trip-hop, abstract hip-hop. Je suis fan de Ninja Tune. J'adore la musique électronique, drum and bass, jungle, dubstep. Il y a même des sons électro qui me plaisent. J'écoute 80% de reggae, j'adore le reggae mais j'écoute aussi plein d'autres trucs. J'adore le jazz, je suis un fan de Vaya Con Dios, un groupe belge. La chanteuse du groupe est une des meilleures chanteuses belge. Voilà la musique c'est large!"
Stoneman: "Moi j'ai commencé à chanter, je faisais un peu de percussion indienne, des chants ancestraux. Je m'entrainais, pour avoir une meilleure prononciation et ainsi, mieux m'exprimer. Parce que quand tu chantes, c'est important qu'on comprenne bien tes textes. Je trouvais ça agréable de chanter et voilà j'avais envie d'écrire des textes. Et un jour, mon pote DJ Saiko m'a motivé pour que je chante. Il m'a dit qu'il me voyait bien au micro. DJ Saiko c'est un DJ drum and bass, jungle. Donc j'ai un peu testé sur du drum and bass pendant plus ou moins trois ans et j'ai faits plusieurs soirées en tant que MC. Je tenais le micro pendant une heure, je ne lâchais pas, je freestylais. Je racontais ce qui se passaient dans les soirées, je n'avais pas de texte, c'était plus de l'impro. A l'époque DJ Saiko organisait des soirées à Bruxelles. On y était à toutes ses soirées là! En fait, DJ Saiko c'est un pote d'Andenne. Il a été à Bruxelles pour faire DJ et tout ce qu'il organisait, ça marchait. Il a réussi à organiser pleins de soirées avec des grosses têtes d'affiche. Maintenant il a un peu arrêté, il a un enfant et un travail qui lui prend beaucoup de temps. Mais il a su se mettre au top niveau à l'époque, au début de ce mouvement. Mon pote Saiko m'a bien aidé! Puis j'ai vraiment commencé à construire des trucs avec Jagan Makoka. C'est lui qui m'a invité pour la première fois à enregistrer un son. J'avais d'ailleurs un peu déconné sur le tune, il aurait pu me dire que je n'étais pas bon mais, il m'a quand-même invité une deuxième fois. Et là je suis retourné chez lui, j'ai fait un bon morceau et puis c'était parti, on en a écrit d'autres ensembles et on a fait plusieurs soirées sound system. Mon influence reggae a toujours été la Jamaique. Je trouve que Raggasonic est le meilleur groupe! Daddy Nuttea, tous les gars de cette époque-là, je les adore, j'adore ce qu'ils ont fait. Ceux qui m'ont influencé sont Buju Banton, Super Cat,... Puis j'ai découvert Sizzla, Capleton, Anthony B, tous les boboshanti m'influencent. Fin des années 90, j'écoutais que du dancehall jamaïcain. J'allais dans les festivals et là, j'achetais des cassettes audio! C'était des mixtapes qui venaient de la Jamaïque et tous les big tunes étaient misent sur ces cassettes. J'avais mon budget et j'en achetais plusieurs. Je revenais chez moi avec toutes ses cassettes et j'avais du son pour toute l'année. Et maintenant se sont mes pièces de collection! J'ai baigné avec tout ce son underground! J'écoute du hip-hop aussi, j'aime beaucoup le groupe Wu Tang. Le hip-hop old school ça me parle. Il y a des artistes de maintenant que j'écoute aussi. Mon frère est à fond dans le hip hop donc je suis toujours au courant de ce qui se passe. Il y a un moment j'ai décroché le reggae le temps d'une semaine, suite à la découverte du groupe Flatbush Zombies. On les a vus en concert, c'était dingue! Ils ont joué après nous aux Ardentes, sur la même scène que nous, ils sont trop forts! Moi je n'avais jamais vu un concert comme ça, ils sont puissants. J'aime aussi la drum and bass, jungle. J'aime la musique latino, le jazz. Je ne suis pas fermé à la bonne musique."
Pouvez-vous nous parler de votre première expérience sur scène?
Daddy Cookiz: "C'était dans mon village. Il y avait un éducateur de rue qui organisait une fête. Il m'a dit qu'il m'avait entendu rapper avec mon pote Marco Sosa et que si on voulait venir, il y avait une place pour nous. Et donc nous on a créé des morceaux spécialement pour le concert. C'était notre première scène... je n'ai pas de vidéo mais j'aurais bien aimé! Je me souviens que mon pote Marco avait des textes qu'il ne connaissait pas, il venait de les écrire. Alors il a fait un truc, il a mis son texte à terre, il s'est assis sur une chaise au-dessus de son texte, il a penché sa casquette et il rappait tête baissée, des trucs de fou! Voilà tu démarres, tu ne sais pas comment tu dois te placer, tu ne sais pas comment te tenir mais tu es là, tu as de l'énergie, tu sais qu'il y a des gens qui t'écoutent. Les gens écoutent et applaudissent tes textes. Il y avait des vieux de mon village et des gars de mon âge qui ne s'intéressaient pas du tout à ce que je faisais. Et pourtant ce jour-là, ils écoutaient ce que je disais et ils sont venus me trouver après le concert pour me dire c'était cool les textes, le message. C'est là que j'ai vraiment compris que c'était puissant la musique! Tu pouvais partager des trucs avec les gens, que tu partagerais pas autrement."
Stoneman: "Moi je m'en rappelle à fond, c'était en Jamaique en 1948… (Rire) Non sérieux, moi ma première scène c'était dans un endroit mythique, c'était au Hangar à Sclaigneaux, près d'Andenne. Tous les groupes de la région ont fait leur première scène là-bas. Il y a des endroits mythiques dans chaque ville et nous c'était le Hangar. Notre ingénieur son, Mr Regulah, a fait sa première scène là-bas aussi. C'est mon pote DJ Saiko qui m'a invité à donner un live avec lui mais en tant que selecta. Moi je ne savais pas mixer à ce moment-là, alors il m'a appris sur une journée à mixer. Ce n'est pas facile quand tu n'as jamais touché à ça. J'ai fait un set d'une heure et je me souviens que j'avais l'album 'Retour Aux Sources' de Daddy Nuttea. J'ai passé le morceau 'Natural Mystic', j'adore ce tune! J'ai passé d'autres morceaux de Daddy Nuttea aussi. J'avais l'album de Pablo Master, j'avais des Mad Professor featuring Pablo Master, j'avais Black Uhuru... Et je me rappelle que j'avais fait deux, trois erreurs de mixe mais voilà c'était mes débuts. Et la première fois où j'ai toasté, c'était au Hangar aussi. J'avais une MC303 et un micro. J'avais un petit live de 45 minutes et j'ai enchainé 10 à 15 beats. Il y avait mes potes, c'était dingue, la salle était remplie. Je prenais le micro, j'improvisais, je chantais, ce n'était pas vraiment encore du toast, je disais des conneries encore et les autres ils rigolaient. Et finalement j'ai pris plaisir, je me suis dit s'est trop bon le micro, la scène. Puis voilà j'ai voulu faire une scène dans un café. Un vrai concert dans un café, un sound system et j'ai toasté sur des riddim 45 tours. Après je ne me suis plus arrêté. Il y a eu un long chemin, beaucoup de rencontre comme Jagan Makoka, Deux13, ce sont des gars importants dans ma carrière. Des gens qui m'ont fait évoluer, avec qui j'ai fait l'école des sound system. Je suis toujours à l'école des sound system, encore maintenant. Quand tu es sur scène, en sound system, tu ne sais pas encore ce que tu vas chanter, comment tu vas prendre les riddims, l'énergie... Tu fais par rapport à la vibe. Etre sur scène et apprendre, c'est ça l'école des sound system."
Avez-vous un bon souvenir lié à la musique?
Stoneman: "Le festival Rototom, c'était incroyable! Esperanzah aussi c'était magnifique! En plus pour Esperanzah, on a du faire une deuxième scène qui n'était pas prévue, au top! Franchement on est un peu comme sur un nuage avec tout ce qui nous est arrivé. On est allé dans des endroits de fou et on a su à chaque fois faire de bonnes prestations. Même en Espagne, on est resté quatre jours, et on est allé voir la scène où on allait jouer, c'était la deuxième plus grosse scène du festival. On débarque, nous les petits belges et pendant les deux jours avant le concert, tous les gens qu'on croisait, on leur faisait des freestyles, on leur disait qu'on jouait à 4h du matin. Et ce n'est pas facile de jouer à 4h du matin. A 4h15 exactement. On s'est retrouvé sur scène et c'était la folie, excellent! On remercie le ciel que ça se passe comme ça. Et puis c'est notre force, on se remercie entre nous. Faut que l'on soit ensemble, qu'on se soutienne, ce n'est pas toujours facile. On peut se prendre la tête comme tout le monde mais on est assez intelligent pour que ça ne dure pas des mois, on se dit les choses tout de suite, c'est une équipe, une famille!"
Daddy Cookiz: "La musique, c'est que des bonnes vibes tout le temps, non-stop. Donc à chaque fois qu'on fait un concert, quoi qu'il arrive, c'est toujours un bon souvenir. Tu as des rencontres, tu as des bonnes vibes avec les gens, tu as la chance de t'exprimer au micro, donc ce n'est que du positif. Et quand mon premier morceau enregistré est sorti et que j'ai entendu ma voix sur le beat, c'était que du positif aussi. De toute façon la vie, elle est positive!"
Est-ce qu'il y a un endroit ou un pays où vous aimeriez faire ou refaire un live?
Stoneman: "Au festival Rototom mais sur la grande scène... (Rire) Yah man! On est toujours vu comme des petits artistes, partout où on va, même si on met le fayah. Exemple, nous on est dans le camping avec les gens et quand tu tournes tout l'été, que parfois tu as trois, quatre dates sur le weekend, tu te dis que tu vas devoir dormir en camping et que tu as déjà bien mal au dos, ce n'est pas facile, Belgium vétéran! Au fait, j'aurais bien voulu que tout ça m'arrive dix ans plus tôt mais voilà c'est comme ça, je prends le truc comme je suis mais voilà je veux dire, physiquement moi j'ai eu un peu dur cet été ci. En plus de la scène, j'ai fait deux sculptures monumentales. Ça a été éprouvant."
Daddy Cookiz: "En Jamaïque. L'Angleterre aussi. Partout! Si je peux bouger avec la musique je suis content. Découvrir des nouveaux endroits. On a eu la chance de bouger en Espagne, en Angleterre, en France, en Belgique, en Allemagne, en Hollande et à chaque fois c'est une expérience différente. Tu rencontres des gens, tu vois un peu une situation différente, ça t'ouvre l'esprit aussi. Maintenant je fais du reggae, ça vient de la Jamaïque, donc l'aboutissement ça serait quand-même de pouvoir aller chanter là-bas."
Stoneman: "J'ai toujours rêvé de chanter au Reggae Geel. Que j'y vais depuis tellement d'années et j'aime beaucoup ce festival! Et voilà, Atomic Spliff n'a jamais joué à Geel. Mais, perso j'aimerais trop pouvoir jouer là-bas."
Avec quels artistes aimeriez-vous collaborer?
Daddy Cookiz: "Soyons fou! J'aimerais beaucoup faire un morceau avec Super Cat ou avec Lone Ranger, ça serait terrible. Collaborer avec un vétéran du rub-a-dub. Dans la nouvelle génération, j'adore Kabaka Pyramid, si je pouvais faire un morceau avec lui un jour, ça serait un truc de fou! Mr Williamz, Tippa Irie, General Levy, des mecs de la scène anglaise. J'aimerais beaucoup collaborer avec Mardjenal, Nuttea, Big Red. Je suis un grand fan de Big Red!"
Stoneman: "J'aimerais faire un featuring avec Solo Banton. Dans les artistes jamaïcains, je les aime tous, moi c'est ma vie les artistes jamaïcains, je les écoute tous les jours. Sizzla, Capleton, Buju Banton, Anthony B, Turbulence, Lone Ranger, Johnny Osbourne... Faire un featuring avec une sista ça me plairait aussi. Comme Tanya Stephens. Aussi Lady Saw, mais franchement je ne sais pas si elle accepterait de faire autre chose que du slackness. Mais j'aime tellement la vibe qu'elle a quand elle toaste. Faire un morceau dancehall avec Lady Saw mais pas un morceau qui parle de cul. Lady Saw c'est la reine, je l'ai déjà vu plusieurs fois en concert et franchement à chaque fois je me dis que c'est une guerrière. Elle toaste mieux que certains mecs, elle est impressionnante. Un featuring avec Daddy Mory ça serait bad! J'aimerais bien qu'on refasse un morceau ADN76 et Atomic Spliff. On en a déjà fait deux et on dit toujours, jamais deux sans trois. Et ce sont vraiment des gars qui en valent la peine. On les aime bien."
Pensez-vous que le reggae se développe bien en Belgique et en France?
Daddy Cookiz: "Je crois qu'en France, il y a une grosse scène reggae. Il y a une diversité aussi, parce qu'il y a une grosse scène niveau reggae plus classique, plus roots avec des mecs comme Danakil. Il y a une bonne scène avec les gars de Broussai. Un reggae avec une identité française qui te met bien. Il y a Yaniss Odua qui tue, un très bon artiste et je le mettrais à part parce que tu sens que ça vient des Caraïbes. Après il y a toute une vibe sound system avec O.B.F. Il y a vraiment une vibe dub qui bouge aussi. Il y a une artiste que moi j'aime beaucoup, c'est LMK, c'est une jeune artiste qui assure. Voilà il y a pleins d'artistes..."
Stoneman: "Il y a Naaman, Biga Ranx, Danakil, Dub Incorporation, Broussai. Nous de Belgique on les connait ces artistes-là. Il y a Tomawok et pleins d'autres. Et sur la Belgique, je pense que ça se développe pas mal. Dans tous les festivals, tu as bien un artiste ou deux reggae. L'année passée on a joué aux Ardentes, c'est un bon point pour le reggae et j'espère qu'ils inviteront encore plein d'autres artistes reggae. Je pense que nous faisons le travail pour le reggae et pour son bon développement. En Belgique c'est vraiment un pays où le reggae vit bien. Le reggae a toujours été là. Tu vas faire les sounds system en Flandre, dans le nord de la Belgique, c'est violent. Ils ont des boxs de dubplates internationales! Ce sont des machines ces sounds là! C'est comme quand tu vas au Summerjam, tu vois mixer les sounds allemand, tune sur tune, tout dans le temps, des sets super carrés. Ils mixent comme des machines les mecs!"
Quels sont les artistes que vous écoutez en ce moment?
Daddy Cookiz: "Moi j'écoute Stoneman... (Rire) J'écoute Stoneman, ça me met le faya... (Rire)"
Stoneman: "Moi j'écoute Daddy Cookiz... (Rire) J'écoute Daddy Cookiz, j'ai des frissons et des larmes aux yeux tellement ses chansons sont belles... (Rire)"
Daddy Cookiz: "Non sérieux. J'écoute Mungo's Hifi, Mr Williamz, Solo Banton, Charlie P, LMK. J'écoute beaucoup de reggae, digital, raggamuffin."
Stoneman: "J'écoute la musique reggae toute la journée alors imagine, il y a tous les artistes qui passent. J'écoute beaucoup de reggae en passant par tous les styles mais surtout le rub-a-dub et le digital."
Pouvez-vous me citer quelques adjectifs qui décrivent votre musique?
Daddy Cookiz: "Positive, dynamique, consciente, déterminée. Même si ce n'est pas un adjectif, humour."
Stoneman: "Militante, sincère et indépendante."
Quels sont vos projets futur et qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter?
Stoneman: "Les projets futurs, c'est de continuer de faire des dates. Continuer de faire vivre 'Ras Attack'! On a un bookeur français maintenant qui va nous faire tourner sur la France. On doit faire un peu nos preuves en sound system mais on compte bien aller avec le band pour faire du bruit dans la place! 'Ras Attack' la France!!! De plus on a déjà fait trois dates là-bas, une en Bretagne, une en Normandie et une à Val d'Isère. Et les trois dates se sont très bien passées."
Un dernier mot pour le public de reggae.be?
Daddy Cookiz: "Big respect à tous les massives qui suivent le reggae! Big respect à tous ceux qui soutiennent, qui font que cette musique existe toujours depuis si longtemps! Et continuez de faire vibrer les gens!"
Stoneman: "Big up au reggae Belgiumaïca style!"

Feb 15, 2016