Chanter du reggae ou du dancehall dans une autre langue que l'anglais à la jamaïcaine n'est pas toujours gagné d'avance. Les risques que cela sonne juste comme du folklore local (schlager, chanson française...) sur un fond de reggae est grand. Et beaucoup d'artistes se sont décrédibilisés en essayant. Alors quand l'Italien Virtus, après un excellent album-compilation complètement en anglais en 2011, sort, pour une maison de disque italienne, un album destiné au marché local, on a quelques craintes.
Mais Virtus est un prodige musical. Il réussit sans problème le pari de chanter et rapper en italien et est parvenu à adapter sa langue natale aux rythmiques et flows reggae ou ragga comme on les fait en anglais. Il se paie en plus le luxe de s'exprimer également dans un patois local, le calabrais, et en espagnol. Je parlais de prodige, les mots sont pesés: l'artiste a lui-même réalise la production, l'enregistrement, le mix et les arrangements de tout l'album. Tous les instrumentaux de cet album sont en outre des originaux. L'album s'ouvre avec 'My Sound', sur une rythmique dancehall/hip-hop pour un tune clash, en mode intro. Directement on passe sur un raggamuffin à l'ancienne 'Reggae In Italy' bien efficace, où il saute d'une langue à l'autre, d'un flow MC à des passages chantés. Avec son intro au clavecin, des mélodies de flûte et un riddim un peu funky, 'Dabadabadam' est original et agréable à écouter. 'Love' avec Tormento est un genre de r&b qui est pour moi bien en deçà du reste de l'album. Heureusement que l'ambiance repart directement avec un bon raggamuffin: 'Non Lo Sai'. Un peu plus loin, 'Vivi' a ce petit côté chanson italienne kitsch mais avec des belles mélodies. La production de cet album vise un succès commercial en Italie, 'Reggae Ragga Skat' est un peu dans cette veine avec un instrumental proche de la dance music. On passe donc pour apprécier un dancehall déchaîné sur 'La Mia Dancehall' où on apprécie le fast-style en italien. 'L'Invisible' featuring Janahdan, est un ovni musical et une vraie perle, le riddim encore une fois un peu funky accompagné d'orgue est superbe. 'Gimme The Party' est un reggae latino aux trompettes joyeuses et Virtus s'y lance en espagnol. KG Man est un des autres représentants en vue de la scène reggae italienne et 'Cry & Smile', son featuring sur un one drop assez classique, fonctionne très bien. Sur 'Baby Girl', on pourrait imaginer Shaggy au micro, tant le flow et la voix de Virtus sont proches de ceux du chanteur Jamaïcain. Cet album se clôture sur un titre dancehall hyper efficace: 'Cerca' avec une production et un travail sur le riddim (notamment un break aux influences indiennes) qui rendrait jaloux certains producteurs de Kingston. On ne jouera peut être pas souvent cet album dans les dancehall par chez nous, et puis on n'écoutera peut être pas tous les jours du son en angl-italien mais la voix et la qualité du travail de Virtus méritent d'accorder de l'attention à cet album.