
Jamaïque musicale, Jamaïque ensoleillée, Jamaïque verte... Voici les images que la plupart d'entre vous auront en tête en pensant à cette île. Pourtant les plus avisés savent bien que le revers de la médaille est bien moins reluisant : violence, crime organisé, corruption et mafia forment le quotidien de toute une partie de la population. L'auteur français Thibault Ehrengardt, rédacteur en chef du regretté magazine Natty Dread, sort Les Gangs de Jamaïque - Etat des Lieux 2012.
L'auteur a obtenu l'autorisation rarissime de suivre des policiers lors de leurs patrouilles. Il s'est aussi aventuré dans plusieurs des quartier chauds autour de Kingston, de Spanish Town à Tivoli Gardens et a rencontré aussi bien des Dons, les chefs de gangs, que des petits caïds de coin de rue. Le résultat de ses recherches et nombreuses interviews nous offre un tableau cru de la place qu'occupe le crime en Jamaïque. Et cette lecture ne laisse pas très optimiste par rapport à l'avenir proche de cette belle île.
Ce livre fait suite à celui de Laurie Gunst, paru il y a 15 déjà mais seulement disponible en version française chez le même éditeur, depuis 2010. Cette enquête retrace l'histoire de la naissance des gangs de Jamaïque. Thibault Ehrengardt a voulu faire un état des lieux du crime organisé en 2012, deux ans après l'arrestation retentissante du plus grands des Dons de Jamaïque, Christopher 'Dudus' Coke. Le constat qu'il dresse ne se montre pas très joyeux : le crime, organisé ou en col blanc fait intimement partie de la société : "Voilà pourquoi les institutions se montrent incapables de réduire ce dernier à des proportions acceptables - il est ancré dans le système et, par analogie, dans les mentalités. Beaucoup de Jamaïcains considèrent leur pays comme une terre vendue - aux Occidentaux, aux politiciens, au fric, là-bas tout est à vendre pourvu qu'on veuille l'acheter. Les Jamaïcains n'ont guère plus de considération pour eux-mêmes, se projettent en peuple dérangé, en nation de fous furieux adorateurs de la violence, prêts à se jeter dans les ennuis avec une espèce de morbide obstination. Ils n'ont confiance en personne, surtout pas en eux-mêmes - ils ont vu trop d'absurdité pour croire encore à la rationalité des choses. L'île bouillonne en permanence." De meurtres d'honneur en règlement de compte politiques, la violence fait quotidiennement des victimes à Yard. L'espérance de vie chez les badman est très courte, n'atteignant en général pas la trentaine. Un gunman épanche ses états d'âme : "Je veux pas que mes mômes deviennent comme moi, man. Je veux qu'ils deviennent soldats ou policiers. Ouais, c'est bizarre, on les combat toute la journée mais... Je veux que mes enfants aient une vie avec un sens. Moi... j'ai 22 ans. Dans le badman business, tu dépasses rarement les 25 ans. J'aimerais qu'ils connaissent autre chose, ma vie n'aura pas eu grand intérêt". Du côté de la police, les risques d'y laisser sa peau sont pourtant élevés également. L'auteur a pu rencontrer et accompagner sur le terrain différentes équipes. De leur côté aussi, le stress, la peur, les accès de violence sont choses quotidiennes. Un métier pas toujours évident quand ceux qu'on chasse sont parfois couverts par les autorités d'en-haut. Et quand certains collègues fricotent presque ouvertement avec les badman ou adoptent leur méthodes d'action : "Même les policiers qui paraissent droits peuvent s'avérer dangereux. Les super-flics comme Trinity ou Renato Adams ont un statut de stars en Jamaïque. Parce qu'ils n'ont peur de rien et que leurs exploits laissent sans voix. Parfois à tort, mais souvent à raison, on a appris à se méfier autant des gunman que des policiers. La frontière entre les deux camps peut se faire floue, parfois. S'ils se toisent en grimaçant, ils éprouvent une admiration secrète et réciproque." Ce livre sans concessions dresse un tableau haut en couleurs de la situation d'un pays qui tire une grise mine. Une lecture conseillée qui laisse un goût amer en bouche...L'auteur a obtenu l'autorisation rarissime de suivre des policiers lors de leurs patrouilles. Il s'est aussi aventuré dans plusieurs des quartier chauds autour de Kingston, de Spanish Town à Tivoli Gardens et a rencontré aussi bien des Dons, les chefs de gangs, que des petits caïds de coin de rue. Le résultat de ses recherches et nombreuses interviews nous offre un tableau cru de la place qu'occupe le crime en Jamaïque. Et cette lecture ne laisse pas très optimiste par rapport à l'avenir proche de cette belle île.
Ce livre fait suite à celui de Laurie Gunst, paru il y a 15 déjà mais seulement disponible en version française chez le même éditeur, depuis 2010. Cette enquête retrace l'histoire de la naissance des gangs de Jamaïque. Thibault Ehrengardt a voulu faire un état des lieux du crime organisé en 2012, deux ans après l'arrestation retentissante du plus grands des Dons de Jamaïque, Christopher 'Dudus' Coke.
Le constat qu'il dresse ne se montre pas très joyeux : le crime, organisé ou en col blanc fait intimement partie de la société : "Voilà pourquoi les institutions se montrent incapables de réduire ce dernier à des proportions acceptables - il est ancré dans le système et, par analogie, dans les mentalités. Beaucoup de Jamaïcains considèrent leur pays comme une terre vendue - aux Occidentaux, aux politiciens, au fric, là-bas tout est à vendre pourvu qu'on veuille l'acheter. Les Jamaïcains n'ont guère plus de considération pour eux-mêmes, se projettent en peuple dérangé, en nation de fous furieux adorateurs de la violence, prêts à se jeter dans les ennuis avec une espèce de morbide obstination. Ils n'ont confiance en personne, surtout pas en eux-mêmes - ils ont vu trop d'absurdité pour croire encore à la rationalité des choses. L'île bouillonne en permanence."
De meurtres d'honneur en règlement de compte politiques, la violence fait quotidiennement des victimes à Yard. L'espérance de vie chez les badman est très courte, n'atteignant en général pas la trentaine. Un gunman épanche ses états d'âme : "Je veux pas que mes mômes deviennent comme moi, man. Je veux qu'ils deviennent soldats ou policiers. Ouais, c'est bizarre, on les combat toute la journée mais... Je veux que mes enfants aient une vie avec un sens. Moi... j'ai 22 ans. Dans le badman business, tu dépasses rarement les 25 ans. J'aimerais qu'ils connaissent autre chose, ma vie n'aura pas eu grand intérêt".
Du côté de la police, les risques d'y laisser sa peau sont pourtant élevés également. L'auteur a pu rencontrer et accompagner sur le terrain différentes équipes. De leur côté aussi, le stress, la peur, les accès de violence sont choses quotidiennes. Un métier pas toujours évident quand ceux qu'on chasse sont parfois couverts par les autorités d'en-haut. Et quand certains collègues fricotent presque ouvertement avec les badman ou adoptent leur méthodes d'action : "Même les policiers qui paraissent droits peuvent s'avérer dangereux. Les super-flics comme Trinity ou Renato Adams ont un statut de stars en Jamaïque. Parce qu'ils n'ont peur de rien et que leurs exploits laissent sans voix. Parfois à tort, mais souvent à raison, on a appris à se méfier autant des gunman que des policiers. La frontière entre les deux camps peut se faire floue, parfois. S'ils se toisent en grimaçant, ils éprouvent une admiration secrète et réciproque."
Ce livre sans concessions dresse un tableau haut en couleurs de la situation d'un pays qui tire une grise mine. Une lecture conseillée qui laisse un goût amer en bouche...