
Plus de 35 ans après sa parution, les Editions Allia sortent une version française de cet essai classique pour tous ceux qui s'intéressent de près à la culture et à l'histoire récente de la Jamaïque. Ecrit en 1976 par le correspondant pour les Caraïbes du Rolling Stones Magazine, Michael Thomas, et par le photographe Adrian Boot, il s'agit d'un livre aussi brûlant que le soleil de l'île.
Pour cette ressortie, Michael Thomas a écrit une introduction qui fait référence au climat torride qu'a connu la Jamaïque en 2010, avec l'affaire "Dudus Coke". Une chasse à l'homme dans les ghettos, l'armée dans la rue, des victimes innocentes... Et il en conclut que la situation n'a pas vraiment changé depuis les années '70 : "La politisation du crime et la criminalisation de la politique ne datent pas d'hier mais remontent aux années Manley. Ce bouquin a été publié à cette époque-là, alors que j'étais en première ligne pour Rolling Stone et que nous venions de mettre Bob Marley en couverture. Il raconte l'histoire des années Manley, lorsque les flingues se sont invités dans le débat et que les malfrats ont pris le pouvoir."
Le décor est posé. Pas de gloriole ou de bling bling, on parle de tension permanente, la "pression" comme ils l'appelaient. Le titre du livre peut être traduit par "Babylon est sur le fil du rasoir", c'est ce que les rastas "ont coutume de dire. Ils entendent par là que le pays est à deux doigts de se désagréger tandis qu'il se débat pour faire face aux défis post-coloniaux dans un monde au bord de la banqueroute."
On le voit, l'ambiance n'est pas réellement à l'optimisme. Mais l'écriture originale et à couteaux tirés permettent de rendre cet essai très lisible. C'est avec un humour noir que les auteurs décrivent les sentiments qui habitent les Jamaïcains, ceux d'en bas dans les ghettos et ceux d'en haut, les politiciens, les habitants des quartiers chics, ... et les parrains des gangs de downtown.
Si la situation politique est le sujet qui compose la trame de ce livre, les auteurs jettent leur regard décalé sur certains évènement musicaux majeurs. Un exemple ? Voici comment ils expliquent la naissance de cette institution qu'est le sound system : "Aussi, lorsqu'un type un peu plus futé que la moyenne se procura deux enceintes et une pile de 45t et qu'il se mit à tourner dans tout West Kingston et dans les montagnes environnantes en organisant des fêtes au fond des cours et des jardins, l'engouement fut immédiat."
La plume acérée des deux auteurs s'attaque aussi à quelques considérations sur la religion rasta qui explosa sur l'île dans les années '70 : "Prendre le pli (devenir rasta) demande un certain temps parce qu'ils sont en permanence à deux doigts de disparaître dans les métaphores délirantes et que l'étrange algèbre de la foi rasta n'est accessible qu'à celui qui fume une livre et demie d'herbe par semaine et a abandonné tout bon sens."
En 94 pages en format de poche, ce bouquin permet de se faire une image différente de ce qu'était la Jamaïque et de l'ambiance qui y régnait dans les années d'or du reggae. A conseiller vivement!
Babylon on a Thin Wire, Adrian Boot & Michael Thomas, traduit par Vincent Tarrière,
Editions Allia - mai 2012
Prix: 6,20 €
format : 100 x 170 mm
96 pages
ISBN: 978-2-84485-569-5
Le même livre est également disponible illustré par les photographies de Adrian Boot : édité par Patate Records
Babylon On A Thin Wire – Once upon a time in Jamaica
Michael Thomas, Adrian Boot
Edition bilingue illustrée
Editeur : Patate Records
Format : 220 X 290
144 pages
30€