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Rototom Part 2
Event ReportAug 26, 2012

Rototom Part 2

By Jah Rebel

Quand on parle du Strong One et de Farmerman, Mr. Zagga Zow et Mr. Lion Paw, ou "the Man with the sugar cane voice", vous savez sans doute de qui on parle: encore des comptes-rendus de concerts du festival Rototom Sunsplash!

Vendredi soir, le week-end de cette édition de Rototom est lancé par rien moins que Tanya Stevens. étant donné qu'elle est programmée comme première, le terrain  est encore relativement désert quand Tanya entame son set, mais elle ne semble pas s'en faire. Au contraire, l'ambiance intime et conviviale fait qu'il y a de l'espace pour l'interaction avec le public. Le programme du groupe est pratiquement le même qu'à Reggae Geel, avec, de temps en temps, un extra comme Spilt Milk, et aussi, comme à Reggae Geel, un appel aux hommes qui se vantent d'avoir un long ding-dong pour le prouver enfin. Une fille du public qui répondait négativement à la demande de partager son petit ami a eu droit à la réplique directe («Mi nuh like you. You 'fi share di long ding-dong!») immédiatement corrigeant sa sortie par un «maybe», ce qui a fait rire le public aux éclats. Entre ses tubes, c'était parfois comme une performance de comédien stand-up, mais ça aussi, c'est tout Tanya. Un autre sommet du show était le numéro What A Day, un moment émouvant où on sent traverser simplement l'énergie positive à travers le public. Même si elle n'a pas sorti de nouvel album et qu'on l'a vu il y a deux semaines encore, elle sait accrocher notre attention. Tanya ne nous ennuiera jamais et, comme bête de scène confirmée, offrira toujours un show varié et surprenant.

Dimanche, c'est au tour d'Etana à lancer le mouvement, accompagnée professionnellement par le Dub Akom Band. Comme il était encore tôt, elle n'a attiré que peu de monde, mais l'ambiance y était immédiatement. Dans sa longue robe multicolore, Etant, the Strong One, rayonnait la fierté et la féminité et avec des numéros comme Free, Jah Chariot et August Town, elle a sans problème su mettre le public de son côté. Même quand elle dénonce le chômage et la crise en Espagne, des applaudissement résonnent et des mains vont en l'air partout. Après les sujets sérieux, il est temps pour un peu d'amusement un plus léger. «Ska time!» annonce Etana et, quand l'intro de Simmer Down résonne, tout le monde est déjà en train de sauter avec exubérance. Dans ce climat, le tempo ska est fatigant à danser et, donc, l'émouvante ballade Reggae a ensuite fourni une pause bienvenue. Après People Talk, Etana appelle le choriste Clive au front pour l'assister dans les duos You Make Me Feel Good et Blessings. Les deux morceaux sont à l'origine en duo avec Alborosie et, il y a deux jours, Etana avait déjà tenu compagnie à Puppa Albo sur scène pour exécuter ensemble Blessings. Le concert se conclut en style avec le tube I Am Not Afraid, qui est accompagné à pleine voix par le public.

Le Dub Akom Band reste sur scène pour Jah Mason et, au moment où celui-ci apparaît, il y a déjà plus de monde sur le terrain. Entre-temps, l'air a un peu rafraîchi si bien que le public résiste mieux au style énergique typique de Bobo. Tout le monde saute tellement que, par moments, on ne peut voir que le turban montant et descendant de Jah Mason. Avec sa voix un peu enrouée, il va du chant au raggamuffin' pendant qu'il nous guide à travers son répertoire de tubes. évidemment, Jah Mason se devait de faire honneur à son surnom de Farmerman et c'est pourquoi il a inséré, malgré le temps limité, une spliff break: «If you don't smoke it, just promote it» évidemment, cela va avec le numéro High Grade sur le riddim du Promised Land. Le public manifestement apprécie et, pour ceux qui n'auraient toujours pas compris, il explique: «I'm from Jamaica and I smoke a lot of marihuana». Un autre sommet dans son programme est son tube Princess Gone. Aussi après le rewind, il a réussi à entraîner le public à chanter et, vers la fin du show, le niveau de l'énergie montait de nojveau quand le Dub Akom Band, à la manière du surfrock, fait monter le tempo

Lundi soir est cloturé par Beenie Man. Pendant que le public attend plein de tension l'arrivée du King of the dancehall, les danseuses d'Attitude Crew donnent le meilleur d'elles dans une chorégraphie à la fois énergique et osée. Après une intro verbeuse, le King Himself apparaît finalement sur scène, attifé pour l'occasion d'un costume bling bling approprié. Il entame son show par certaines plages des années nonante, comme Bookshelf, Girls Dem Sugar, Romie et Dancehall Queen.

Mr Zagga Zow est un amuseur né, aucun doute. En dansant moonwalking et salsa, il enchaîne les tubes, mais le public semble partagé. Peu d'artistes ont un tel répertoire de tubes monstres à leur disposition et cela assure évidemment une série de forwards et de pull-ups qui excitent le fans du dancehall. D'un autre côté, le dancehall live est un peu decevant parce que ça ne sonne jamais comme sur le CD, et c'est ce qu'on a remarqué ici aussi. Les voix laissaient souvent à désirer et, souvent, dans les morceaux les plus intenses, l'artiste ne chante qu'un ou deux mots de chaque phrase en attendant que le public ajoute le reste. D'une certaine façon, c'est compréhensible car il est humainement impossible de se démener aussi longtemps continuellement en chantant et dansant, tout en gardant un tel tempo. Heureusement, son enthousiasme répare beaucoup et, après la hit parade retro, Beenie entame ses tubes plus récents, comme King of the Dancehall, Hmm Hmm, Gimme Gimme et Let's Go. Durant Back it up, les danseuses d'Attitude réapparaissent sur scène pour nous montrer, sous de bruyants applaudissements, comment il faut faire. Vers la fin du show, Beenie renvoie un moment à Vybz Kartel, Buju Banton et Busy Signal, après quoi, il entame Redemption Song, qu'il appelle le public à accompagner.

The Man With The Sugar Cane Voice, Johnny Osbourne, commence par son Murderer et le public trouvait que c'était bon. Et on continue avec Pretty Blue Eyes et Folly Ranking, dans une ambiance plutôt intimiste. Le public semblait moins enthousiaste qu'à Reggae Geel, mais plutôt dans une sorte de «mellow rub-a-dub trance»,  bien que la fatigue vers la fin du festival y joue certainement son rôle aussi. «Like vintage wine, mi get better with time», explique Johnny à son public, avant d'entamer Ice Cream Love. Et oui, on ne peut qu'avouer, que l'état hypnotique est, si possible, encore renforcé par Truths and Rights et Jah Promise,  après quoi M. Osbourne nous quitte. Peu après, il remonte au pas militaire sur le podium pour entonner Buddy Bye. Les festivaliers apprécient clairement car partout, on pouvait voir des visages rayonnants. Cela ne suffisait pas apparemment pour Johnny, caril commence à chanter, sur l'air de Frère Jacques, «Are you sleeping, are you sleeping, Rototom?». Eh non, nous faisons tout sauf dormir, nous jouissons intensément d'un vibe rub-a-dub profond et revigorant.

Le mardi est clôturé par Tarrus Riley, accompagné du Black Soil Band avec rien moins que Dean Fraser au saxo. Comme d'habitude, c'est Dean Fraser qui entre en scène en premier pour «chauffer» le public et professionnellement diriger le groupe. Tout le monde est parfaitement rodé, la sono est impeccable et quand Dean finalement commence à jouer son saxo, le résultat est de la pure magie. On a presque oublié que Tarrus Riley devait se présenter aussi, mais ce sentiment disparaît rapidement quand in monte sur scène avec Love's Contagious. Les fans de Tarrus font massivement acte de présence; comment faire autrement pour un homme avec une telle voix, de tels textes et un tel charisme! Sans parler de la façon inimitable dont il est capable de faire rouler ses «r». We rrrrready!

Cependant, le public ne semble pas d'emblée entrer dans la danse. Peut-être que le show est trop parfait, trop léché, trop étudié. Au début d'un nouveau numéro, il y a une réaction, qui se meurt toutefois assez vite, mais ensuite, Superman Tarrus entonne Protect The People, ce qui donne le signal de départ pour tout le monde; maintenant, on est partis pour le reste du show.  Les choeurs sont excellents et aiment le faire entendre dans un solo, puis Dean peut dominer le show… ou non? «Remember, it's my show and not Dean Fraser's», dit Mr Lion Paw en guise de blague pour introduire un match amical saxo contre chant, comme on l'a déjà vu lors de leur tournée ensemble. Une manière éprouvée pour entraîner le public, surtout quand tu y mêles un peu d'espagnol et qu'après quelques pas de danse synchronisés, tu lâches She's Royal sur le public.

S'il y avait un toit, il aurait explosé garanti car, Good Girl Gone Bad est suivi de Herbs Promotion et le public, qui, au début, semblait un peu distant et fatigué, apparaît tout à coup capable d'une énergie quasi surhumaine. Tarrus disparaît et Dean nous excite tellement que des bis sont inévitables. Comme on ne peut quitter le terrain dans un tel état d'excitation, le tempo baisse un peu. On a droit à un solo nyabinghi et tout le monde dessine des petits cœurs dans l'air en l'honneur de la one heart music; ailleurs, dans le public, des bâtonnets de feu d'artifice son allumés. Après le show, Dean nous donne encore ce message: «There are three things you need to remember before you go home: 1. reggae music is music of peace! 2. reggae music is music of liberation and struggle! 3. reggae music is music of love, one love!» Une fin appropriée pour une performance émouvante et agitée.

Le dernier jour du festival est arrivé et, avant le premier concert, le terrain semble un peu désert déjà. Peu de monde pour les Wailing Souls, un peu surprenant car on n'a pas si souvent la chance de les voir, mais il y a eu cette semaine une telle surabondance que finalement, on en arrive à trouver cela presque normal. Le Ruff Cut Band s'est manifestement bien préparé pour amener le public dans une ambiance rythmique avec ces riddims nostalgiques de Studio 1 et, quand les Wailing Souls se présentent, l'image est complète.

Nuff nuff positive vibes guaranteed avec Winston «Pipe» Matthews et Lloyd «Bread» McDonald. Ces voix! Si fragiles et si angéliques en même temps. Les deux «vieux de la vieille» s'amusent manifestement et on a droit à Firehouse Rock, Shark Attack et la production Studio 1 Mr Fire Coal Man. Le rythme lent et profond, en combinaison avec ces merveilleuses harmonies vocales, créent une ambiance émotionnelle et nostalgique. S'il existait un prix pour le «nom le mieux choisi» pour une performance reggae, ce duo serait sûrement sur la short list. C'est vrai que les Wailing Souls sont déjà là depuis quelques décennies, mais le message rasta qu'ils donnent dans des numéros comme Jah Give Us Life et Kingdom Rise, Kingdom Fall, reste toujours d'actualité. Nous sommes heureux d'avoir bravé la fatigue de la dernière journée pour nous trouver sur le terrain dès le début: ça valait la peine.

 

Rototom Part 2

About the Author

Jah Rebel
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Avec Jah Shakespear, il a été à la base de reggae.be, d’abord comme auteur de critiques et d’interviews, puis, depuis fin 2014, comme rédacteur en chef. Partage son temps entre ses deux passions, la musique et Haïlé Sélassié.

Genres

Dancehall

Published

Aug 26, 2012