
Neuf artistes pour un plateau de folie. Réunir tout ce monde sur scène en une soirée n'a pas été chose aisée mais Garance Production a réussi son pari. Comme le chantent Busy Signal et Bounty Killer, Sumn a go gwaan, il devait se passer quelque chose. Les attentes pour ce festival étaient hautes et le public parisien a été gâté par des concerts de première classe dans un Zenith rempli par environ 3000 massive.
Beaucoup se souviendront des discussions qu'avaient générées l'annulation de ce festival en février. Artistes indisponibles ou non-confirmés, le Reggae Splash s'était terminé en crash. On n'aurait pas cru que les organisateurs auraient le courage de reprogrammer ce festival à une autre date, avec succès qui plus est.
Voilà donc annoncés, Wayne Wonder, I Octane, Queen Ifrica, Busy Signal, Anthony B et le Poor People's Governor Bounty Killer avec un surplus deux artistes locaux Young Chang MC et Admiral T. Un déluge de noms qui m'a attiré comme un aimant vers la capitale française. En route donc direct après le boulot. Il n'y avait pas de temps à perdre parce que l'ouverture des portes était annoncée à 17.30 et le début des concerts à 18.30.
A mon arrivée vers 19.20, Wayne Wonder se trouve sur scène. C'est lui qui ouvrait les hostilités. Le temps de se poser, son concert se terminait, je ne pourrais pas trop vous dire ce qu'a donné son concert donc, mais WW n'est pas un des artistes que je trouve vraiment bon en live…
Le groupe reste en place et le MC de service, xxx animateur de la Partytime Radio, annonce l'artiste suivant, I Octane. Fort de ses nombreux hits ces deux dernières années, I Octane s'est fait une place dans le paysage musical actuel à Kingston. On l'entend par contre assez peu par chez nous. Le jeune artiste a offert un concert décent au public du Zenith mais je trouve que les interprétations de ses titres en live ne sont pas à la hauteur. Il essaie d'adopter un style de sing-jay alors qu'il est tellement meilleur en pur chanteur. Ses titres Burn Them Bridge et Mama U Alone, auquel il a adjoint un medley de titres de Bob Marley, m'ont quand-même touché.
On a ensuite retrouvé sur scène Richie Spice. Habillé tout de blanc, il a été chaleureusement accueilli par le public parisien. Mais très vite, ses titres interprétés de manière expéditive ou juste murmurés, ont fait retomber la vibe. Il n'a pas l'air dans son assiette, pas l'air d'avoir envie de donner ce show. On apprendra plus tard le décès ces jours-ci de la maman de Richie Spice, alors qu'il se trouvait déjà en France. Une dépêche du Jamaica Observer nous apprend d'ailleurs que la famille attend le retour de Richie Spice au pays pour fixer la date de l'enterrement. Toutes nos condoléances à Richie et sa famille, dont les artistes Spanner Banner et Pliers.
Le niveau d'énergie allait grimper sérieusement avec l'arrivée sur scène de l'artiste suivant, la Fyah Mumma, Queen Ifrica. Il s'agissait de son premier concert en Europe depuis qu'elle a accouché, il y a un mois, d'un petit garçon, son troisième enfant. Un garçon qu'elle nous confie avoir prénommé « Music » et qui, à un mois, l'accompagne lors de cette tournée. Queen Ifrica reste impressionnante par sa force et sa vitalité, la maternité ne l'a nullement calmée. Rayonnante sur scène, elle nous interprète ses meilleurs classiques : Keep It To Yourself, Welcome to Montego Bay, Don't Sign, Lionness on The Rise… Entre chaque titre elle fait passer ses messages en discours, pour plus d'égalité, de justice, plus d'indépendance pour les femmes, plus de respect pour les enfants… Elle nous sert un splendide Serve & Protect et nous quitte sur un Stop Genocide hyper-énergique. Pendant ce concert, le Kaushan Band s'est pour la première révélé : versatilité, mixes, enchainements rapides, les musiciens ont parfaitement servi la Queen.
L'organisation avait ensuite choisi de faire jouer deux artistes francophones, avec leur propre groupe. Les 15 minutes de changement de groupe étaient bienvenues pour se poser un peu. Un court répit avant une avalanche musicale « Made in Francophonie ». C'est d'abord Young Chang MC, qui nous lâche trois titres donc un morceau de soca et son titre du moment « Vanille et chocolat ». Puis a débarqué l'amiral. Admiral T, vétéran de la scène française. Originaire de Guadeloupe, cet artiste est reconnu comme un des spécialistes du fast-style. L'homme qui rime plus vite que son ombre a littéralement fait exploser un Zenith conquis d'avance. Il joue à domicile et connaît le public qui reprend ses titres en chœur. Dancehall hardcore, c'est de cela qu'on parle. Le show d'Admiral T est carré et sans faille. Je ne connaissais que son répertoire dancehall et j'ai été agréablement surpris de découvrir certains de ces titres reggae, dont l'émouvant Toucher l'Horizon, en version longue et plus tard Enfant du Pays. L'Amiral est en pleine confiance, un vrai showman, qui sait également improviser, en invitant des danseurs du public sur scène par exemple. Gwadada style !
Après cette découverte vivifiante, le Kaushan Band s'installe à nouveau sur scène pour backer les trois derniers artistes de la soirée. Hottt Eddd ! Hottt Eddd ! Busy Signal fait irruption tel un boulet de canon sur scène. Le groupe joue fort, des riddims dancehall minimalistes et efficaces. Busy nous balance un medley de hits dancehall impressionnant. Il sonne juste, ses fast-styles sont carrés, spitting lyrics ! Le Zenith se prend un claque, ca bouge bien. Après cette avalanche, Busy Signal passe en mode reggae avec les irrésistibles One More Night et Night Shift et c'est sur ces morceaux qu'il se prend les plus grands forwards ! Il faut dire qu'il avait alors le soutien inconditionnel de la gent féminine! Il entonne alors Jamaica Love, hymne à son pays et aux 50 ans de son indépendance. Surfant sur la vibe reggae il nous introduit son nouvel album avec le titre Reggae Music Again, malheureusement le seul morceau de ce nouvel opus qu'il nous chantera. Il annonce que malgré ce projet d'album 100% reggae, il reste un artiste dancehall et en mode ragga qu'il terminera son set.
Peooooooooople Deeeeeead ! Le 5 Star General, Bounty Killer, enchaine directement. Une transition un peu difficile pour le Kaushan band et l'ingénieur du son qui a mis un moment à niveler les micros de Bounty, de ses deux choristes et surtout les 3 claviéristes plus un sampler… Tout vêtu de noir, avec ce costume taillé une taille trop petite, Bounty Killer crache des paroles non-stop et est en perpétuel mouvement. Ici, pas de jeu de scène, pas d'interaction avec le public. La base de travail de l'artiste : enchaîner les riddims et balancer hits sur hits, en partant de ses classiques des « '90s (Kill Fi Fun, Guns Out,…) et en remontant pas à pas le temps. Il passe par God is my Life & Salvation, Basket inna The Kitchen… pour arriver à ses derniers titres dancehall. Beaucoup de bruit et d'énergie mais finalement un concert assez confus, avec un des backing MC's qui donnait des instructions au fur et à mesure au Kaushan Band qui finalement n'arrivait plus à enchaîner assez vite les riddims... Si Bounty, en tant que tête d'affiche, m'avais motivé de faire la route jusque paris, ce n'est pas lui qui m'a laissé la meilleure impression.
Il est entretemps une heure du matin, alors que le programme – officieux – prévoyait une fin des concerts à minuit. L'organisateur a quand même laissé une demi-heure au Bobo Warrior Anthony B pour insuffler une dernière dose d'énergie à un public qui commençait sérieusement à fatiguer. Anthony B nous a ensuite servi quelques classiques de son répertoire reggae, pour nous amener vers une conclusion en douceur de plus de 6 heures de concert quasiment ininterrompu.
Big Up à l'organisation et une mention très spéciale au Kaushan Band qui a pu assurer un backing de qualité et pu rapidement répondre aux improvisations des artistes!