
By Irie Nation
Tiwony est un artiste phare de la scène reggae et dancehall française. Originaire de Guadeloupe, il commence les sound systems très jeune, excelle au chant et débarque ensuite en France pour confirmer et promouvoir son talent. MC au sein du Blackwarell Sound, il remporte une Coupe de France des sound systems, sort plusieurs albums et est actifs au sein d'associations caritatives qui œuvrent dans les Antilles ou en Afrique. 2011 voit la sortie de son sixième album officiel : Cité Soleil. Nous l'avons rencontré à l'issue d'un concert au Doloff de Lille en Mars 2011.
En live tu es un artiste généreux, tu donnes tout sur scène !
En fait je remets ce que je reçois moi-même tous les jours du peuple, de Dieu, de mon entourage, de ma famille, de la musique. Je suis un relais, je passe le témoin aux massive qui se déplacent.
Ton show n'est pas prédéterminé mais contient une bonne part d'impro…
En fait j'essaie de répondre à la demande des massive. Si par exemple il y a quelques titres qu'on n'a pas fait et qu'on voit que le public en veut encore alors on continue. Comme ce soir, les massive en voulaient plus donc on a continué à balancer les vibes. J'ai assez de son dans mon catalogue pour pouvoir prolonger un concert. Je suis vraiment un féru de studio, de riddims. Je suis un passionné du micro et de bonnes vibes. Quand j'ai une vibe à partager, je fonce, donc je me trouve souvent sur des riddims, des séries ou des compiles. Donc ca fait beaucoup de choses à présenter au public quand je me déplace. Comme aujourd'hui j'ai présenté pas mal de chansons de l'album Cité Soleil qui doit sortir bientôt.
Cela te fait maintenant 20 ans de chanson non ?
Je dirais plutôt 15 ans. 15 ans d'apprentissage quotidien. Ce nouvel album est une nouvelle aventure qui commence, des nouvelles phases, de nouvelles façons de dire les choses. Même s'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, la manière d'exprimer les choses évolue, avec de nouvelles formes, en s'ouvrant musicalement.
Combien d'albums as-tu sortis ?
En solo, j'ai sorti Béni-yo puis l'album Fly et enfin Viv la Vi. A côté de cela, j'ai deux albums sortis en combination avec Féfé Typical : Double Trouble et Revolution. Ca fait donc 5 albums officiels et pas mal de mixtapes et autres…
Ton histoire musicale a-t-elle débuté avec le sound system ?
En ce qui concerne le reggae, oui, en effet. Mais mon histoire musicale a commencé avant. Mon père, Vicky Edimo, était bassiste et s'est produit avec Bob Marley, Manu Dibango ou Touré Kunda entre autres. J'ai donc été influencé par tous les styles musicaux depuis ma tendre enfance. J'étais aussi bien intéressé par le hip-hop que la zouk ou la pop. Un jour je suis rentré dans les vibes hiphop en tant que danseur, puis je me suis mis à écrire. Après cela, j'ai commencé à écouter les piliers du reggae francophone comme Féfé Typical, Tonton David, MC Janik, et compagnie. Je me suis reconnu dans ces grands frères-là. Cela m'a donné envie d'exprimer ce que je ressentais via le reggae parce que ce style est en phase avec la réalité, qu'il dénonce des faits dont on ne parle pas forcément à la télé mais qu'on ressentais en tant que jeunes dans l'île de Guadeloupe. De fil en aiguille, avec mon crew, on a décidé de faire des sound systems. Les grands frères nous ont ensuite encouragés à continuer ce qu'on faisait. Puis voilà, je me suis fait accepter par ces artistes que je suivais au début. Je suis passé dans la cour des grands…
Et donc à partir de là, quand eux te valident, cela t'as permis d'évoluer et de te faire reconnaître ?
Oui, j'ai pu avoir mes premières prestations en sound à un niveau assez sérieux. Je me suis retrouvé sur des affiches avec MC Janik, Top Cat et plein d'autres. J'ai eu mon premier concert officiel à Paris… Cela m'a permis de franchir une étape et m'a conforté dans l'idée que cela pourrait être un métier en plus d'une passion.
Comment s'est fait ton passage vers la métropole?
A ma grande surprise cela s'est fait assez rapidement. J'ai eu une connexion avec un frère que je connaissais de Guadeloupe et qui s'appelait Eben. Il faisait du hip hop et m'a connecté sur son album qui s'appelait 2 Bal 2 Nèg' Comme cela je me suis retrouvé dans ce projet hip hop assez lourd et plus tard j'ai été rappelé pour une compilation qui s'appelait « Ma 6-T Va Crack-er ». Ce projet avait une très forte exposition et les sons ont tourné sur des radios comme Skyrock. Cette compile avait un line-up très lourd: Passi, Stomy Bugsy, Assassin, … Alors que moi je sortais du bled, c'était l'accomplissement d'un rêve. Je me suis dit que je devais prendre cela au sérieux. J'étais encore vraiment novice mais participer à un projet de cette envergure cela m'a encouragé à donner le meilleur de moi-même.
Et à l'époque tu posais en mode hip hop ?
C'était du dancehall mais sur des rythmiques hip hop. Pour moi, ces genres font partie de la même famille, donc cela ne posait pas de problème. En plus, je suis un grand afficionado de l'école ragga hip hop, avec des gars comme Red Foxx, Mad Lion, Born Jamericans, Jamalski et tout ça. Je n'ai pas de limites en matière des genres de musique que j'aborde. La musique n'a pas de frontière. C'est ça qui fait sa magie. La culture musicale avec laquelle j'ai grandi en Guadeloupe est différente et a ses particularités également. Nous avons des styles comme le zouk, la soca ou le groca. Il n'y a pas que l'école jamaïcaine dont on s'inspire dans le reggae. Si tu écoutes des artistes comme Admiral T, Yanis Odua, Straïka D, il y a toujours une couleur qui est propre à chez nous, cela se ressent….
En quelle langue chantes-tu ?
Je ne me suis jamais posé de question à ce niveau, je chante dans différentes langues : en anglais, français ou créole. Selon la vibes, selon où je me trouve. Maintenant, avec la maturité, je choisis parfois la langue en fonction du public que je cible. Sur mon dernier projet, comme j'ai voyagé beaucoup, j'ai voulu rendre le message accessible à un maximum de gens donc je chante beaucoup en français et il y a des combinations en anglais avec des frères jamaïcains. Mais sans jamais oublier mes racines et en gardant donc quelques sons en créole.
Parles-nous justement de ce tune que tu as enregistré avec Konshens…
Cela s'est fait via des producteurs français, des gars de Rennes. Leur label s'appelle D&H. Ils bossaient avec Konshens depuis longtemps. ils m'ont fait découvrir cet artiste avant qu'il ne soit connu du grand public. Ce sont eux qui ont proposé l'idée d'enregistrer ensemble et qui ont produit le riddim. Le courant est passé directement entre nous, j'ai proposé une thématique, il a embrayé dessus et voilà… Après cela, Konshens m'a invité à un de ses shows en Allemagne à Leipzig et on a tourné un clip là-bas. C'est donc ce morceau-là qui est devenu le premier single à sortir en preview de l'album.
Pourquoi as-tu appelé ton album Cité Soleil ?
C'est un hommage à un film documentaire que j'ai vu il y a quelques années et qui s'appelle Ghosts of Cité Soleil. Ce film date de 2006 et c'est une histoire qui se passe dans un des plus grand ghettos du monde après Soweto. Ce ghetto, en Haïti, est contrôlé par les « chimères » qui sont un peu les dons dans les bidonvilles et qui étaient sponsorisés par le Président Aristide. Donc cette histoire m'a beaucoup touché, ainsi que les conditions de vie dans ce ghetto, mais aussi l'espoir, la foi, le concept même de Cité Soleil, par rapport à Zion et à la foi que je cultive chaque jour. J'ai écrit une chanson inspirée de ca et ensuite j'ai décidé de donner ce nom à tout l'album. Je n'ai pas attendu qu'il y ait un tremblement de terre en Haïti pour rebondir là-dessus. Je tiens à dire que je travaillais sur cet album depuis déjà deux ans, avant même la sortie de Vive la Vi. Donc maintenant, il voit le jour grâce à Dieu.
D'autres featurings sur cet album ?
Oui plusieurs, avec d'autres frères de Jamaïque comme Anthony B ou Gyptian mais aussi des francophones et des Guadeloupéens. Même chose pour les producteurs, ils sont aussi très variées.
Un autre extrait de l'album qui est sorti s'appelle Africa Whine…
Oui, ce tune a été enregistré avec des frères sénégalais qui s'appellent Da Brains. Il a été composé et enregistré au Sénégal et le clip a aussi été réalisé là-bas. Pour cet album, j'ai aussi voulu faire le voyage sur la Terre mère. C'est une façon de faire la connexion avec l'Afrique, de montrer qu'il y a des frères qui sont remplis de talent et qui méritent également d'être connus de notre public. Cela permet de motiver les gens à voir l'Afrique autrement que ce que les médias veulent bien nous montrer. C'est l'Afrique de la misère qu'ils nous montrent, alors que l'Afrique est en plein développement et franchement je vous garantis que les choses sont beaucoup plus évoluées là-bas que l'on peut le penser.
Le clip montre beaucoup de sourires…
Ce qu'on a voulu retranscrire dans les images c'est beaucoup de joie de vivre. On a voulu montrer que les gens là-bas sont loin de la dépendance matérielle dans laquelle nous vivons. Ce sont les vraies valeurs de la vie qui sont encore partagées et respectées. Tu vois le respect des anciens. Tu vois les gens qui mangent ensemble. Tu vois tout le monde qui s'appellent frère et sœur. Après cela c'est vrai qu'il y a des problèmes comme partout. Mais ce sont des problèmes minimes. A part les problèmes politiques qui sont souvent générés par des puissances occidentales, le peuple en lui-même, c'est pur love.
Toi-même, tes liens historiques avec l'Afrique sont très forts dans le sens où ton père est Camerounais…
Oui, mais je n'ai vraiment connu ce pays que via mon père. Je n'y suis allé qu'une fois. Mais j'ai bien connu l'Afrique via tous les gens que j'ai rencontré au cours de mes voyages, puis je suis allé au Sénégal, au Gabon, en Guinée, en Ethiopie ou en Ouganda…