
By Jah Rebel
Interview sur l'album 'African revolution.'
Tiken, t'es de retour avec 'African Revolution', un projet pour lequel t'es retourné à tes racines africaines. Est-ce que c'était un projet que t'avais déjà dans la tête depuis un bon temps?
Tiken Jah Fakoly: "J'ai toujours voulu faire un reggae différent au niveau de la sonorité. En tant qu'africains, nous avons la chance d'avoir toute une sélection d'instruments traditionnels à notre disposition, donc pourquoi ne pas ajouter notre sauce à nous quand nous faisons du reggae. Dans la plupart de mes albums vous allez trouver un ou deux morceaux où j'utilise ces instruments-là, mais cette fois-ci j'ai décidé de donner tout le pouvoir à ces instruments traditionnels. J'avais quand-même déjà depuis un bon temps envie de faire un album reggae avec une couleur différent de tout le reggae qu'on connait déjà et de surprendre mes fans un peu. Je sais que tout le monde s'attendait encore une fois à un album roots avec des messages politiques, mais parfois on doit tenter quelque chose de nouveau et c'est ce que j'ai fait avec 'African Revolution'."
Est-ce un projet unique ou quelque chose que tu vas encore continuer dans tes prochains albums?
Tiken Jah Fakoly: "C'est surtout un projet unique, mais je ne peux pas exclure que pour mes prochains albums je vais encore utiliser ces instruments-là. Leur son se marie bien avec le reggae et ça apporte une bonne dose d'originalité aussi."
Vu que c'est un album avec un son assez acoustique, comment est-ce que tu comptes traduire cela à tes shows en live qui ont l'habitude d'être assez énergique?
Tiken Jah Fakoly: "Sur scène on utilisera une guitare mandingue et une kora, mais les cuivres vont encore toujours être là aussi."
'African Revolution' est aussi le premier album pour lequel t'as écrit des chansons en anglais.
Tiken Jah Fakoly: "Oui, l'anglais est aujourd'hui presqu'une langue indispensable si on veut une carrière musicale internationale. Le français se parle déjà dans beaucoup de pays, mais l'anglais est quand-même encore plus universel. J'ai inclus deux titres en anglais sur l'album parce que je ne veux pas que mes fans dans les pays anglophones se contentent seulement d'écouter ma musique, mais qu'ils ont aussi accès au message. D'ailleurs, c'est quelque chose que je compte continuer sur mes prochains albums aussi."
Parlons un peu de quelques chansons de l'album en particulier. 'Sinimory' me paraît une reprise d'une vieille chanson traditionnelle.
Tiken Jah Fakoly: "C'est-à-dire, c'est une adaptation d'un vieux conte traditionnel qui parle d'un orphelin et son chien. Le premier est en crainte d'être empoissonné par la femme de son père et décide de laisser son chien à la maison pendant qu'il sort travailler à la campagne. Chaque fois que la femme cuisine un plat pour l'orphelin, le chien va le sentir pour voir s'il n'y a pas de poison dedans. J'en ai fait une chanson avec laquelle je voulais rendre hommage à tous les orphelins en Afrique."
'Initié', ce qui veut dire: "Merci!", est tout d'abord un remerciement à ta mère qui est décédée pendant l'enregistrement de l'album, mais dans un contexte plus élaboré c'est aussi un merci à toutes les femmes africaines.
Tiken Jah Fakoly: "Effectivement, c'est un grand merci aux femmes africaines qui continuent à souffrir de la polygamie, qui souffrent aussi souvent d'un manque de respect de leur mari et qui sont encore souvent traitées comme des esclaves. En Afrique, les femmes sont la base du développement, parce que c'est eux qui font la plupart du travail. Ma mère a été victime de tous ces maux aussi et c'est pour cela que je la voulais rendre hommage avec cette chanson."
Dans 'Sors De Ma Télé', tu parles du rôle maudit que la télévision peut jouer.
Tiken Jah Fakoly: "La télévision peut jouer un bon rôle. Il y a des chaînes qui éduquent et parlent de la réalité et qui donnent des cours d'histoire quoi. Par contre, si elle est utilisée pour mal-éduquer nos enfants en montrant des conneries ou bien s'il y a un dirigeant d'un pays qui l'utilise pour manipuler son peuple, la télévision peut devenir quelque chose de négatif et même parfois dangereux. La chanson s'adresse vraiment aux dirigeants Africains qui sont tout le temps à la télé. Quand on s'achète une télé, on n'a pas envie de voir la tête du chef d'état toutes les soirées."
Récemment il y a eu un incident chez toi à Bamako. On parlait d'un attentat, mais qu'est-ce qui s'est passé vraiment?
Tiken Jah Fakoly: "Au moment que les événements se sont déroulés, je n'étais pas la, puisque j'étais en tournée a l'ile de La Réunion. De ce qu'on m'a raconté quelqu'un a mis le feu à une de mes voitures. Quand la police est arrivée, ils ont trouvé une boîte d'allumettes et une bombe d'essence. L'enquête continue, donc on n'en sait pas plus pour le moment. Le plus important pour moi c'est de renforcer ma sécurité pour éviter que des choses comme cela arrivent encore. Mon rôle en tant qu'artiste c'est celui de veilleur de conscience, dénonçant toutes les injustices commis contre le peuple africaine. En conséquence des choses peuvent m'arriver, mais je considère cette mission une mission noble; c'est un combat qui mérite d'être mené et j'ai l'intention de continuer."
Vu que t'as quand-même quitté la Côte d'Ivoire, ton pays natal, pour des raisons comparables et que ça se répète maintenant au Mali, est-ce que ça t'inquiète?
Tiken Jah Fakoly: "En tant qu'humain ca m'inquiète quand-même, parce que ça m'a confronté au fait que j'ai des ennemis. Si on connaît ses ennemis on peut les éviter, mais quand on ne sait pas qui c'est, ça devient difficile et effrayant. Cela dit, je suis un soldat qui se bat pour son continent et quoi qu'il en soit, ce combat doit continuer!"

Avec Jah Shakespear, il a été à la base de reggae.be, d’abord comme auteur de critiques et d’interviews, puis, depuis fin 2014, comme rédacteur en chef. Partage son temps entre ses deux passions, la musique et Haïlé Sélassié.
Jan 02, 2011