Semos, ce n'est pas vraiment une découverte, et pourtant, avec '2VO', on a parfois l'impression de découvrir un autre Semos.
Reggae.be avait déjà croisé sa route à plusieurs reprises, à travers différents projets et reportages, bien avant que son nom ne s'affirme sous cette forme. Plus de vingt ans de musique, de scènes, de rencontres et de projets, cela laisse forcément quelques traces.
De Macadam à Hermes, de La Famille Botwin à Babelsouk, en passant par Mercadillo, Les Vagabonds Sauvages et d'autres aventures musicales, Semos a accumulé les expériences. Une guitare, une basse, une batterie, un micro, des machines… le bonhomme n'est pas vraiment du genre à rester assis à regarder les autres jouer.
En 2020, On ne fera pas de vieux os venait poser la première pierre de son aventure solo.
Six ans plus tard, voici '2VO'.
Et là, le titre prend tout son sens: version 2.0. Pas simplement un deuxième EP. Plutôt une nouvelle étape.
Il suffit d'ailleurs de regarder la pochette. Sur 'On Ne Fera Pas De Vieux Os', Semos apparaissait plongé dans un joyeux bazar d'instruments et d'objets, comme si son univers musical lui était littéralement tombé dessus. Avec '2VO', le personnage est derrière les machines.
Ce n'est peut-être qu'un détail graphique, mais il raconte assez bien ce qui s'est passé entre les deux projets. Semos semble moins dans la découverte de son propre univers et davantage dans sa construction.
La pochette est signée Stoneman Artwork. Et Stoneman, on le retrouve également au micro sur 'Gunshot'. Une collaboration qui dépasse donc largement le simple featuring.
Même chose avec le CD, dont l'habillage multicolore prolonge l'univers graphique. On sent un véritable travail autour de l'objet, pas simplement une image collée sur un boîtier. Et ça, pour un projet indépendant, ça compte. Pas besoin d'en faire des tonnes.
Semos possède ce grain légèrement rocailleux qui lui appartient, cette voix de MC qui peut attaquer un riddim sans forcer, mais aussi se poser lorsque le morceau le demande.
Ce qui frappe surtout, c'est le placement. La voix ne flotte pas au-dessus de la musique. Elle se glisse dedans.
Sur 'Inna Di Dance', elle se fait plus directe, plus ragga, portée par une énergie dancehall évidente. Sur 'Je Suis', elle se pose et laisse davantage respirer le morceau. Même voix, autre costume.
Et c'est probablement là que l'on entend le mieux l'évolution: Semos ne cherche pas à devenir quelqu'un d'autre. Il maîtrise simplement mieux ce qu'il a entre les mains.
Alors, qu'est-ce qu'il nous propose cette fois? Sept titres. Et pas vraiment l'envie de choisir entre reggae, roots, ragga, dancehall ou influences urbaines. Pourquoi choisir, finalement?
'Music Addict', avec Mighty Patch, ouvre le bal. On retrouve immédiatement cette volonté de faire fonctionner le flow avec un riddim qui ne sert pas simplement de tapis sous la voix.
On rentre dans l'arène durcit le propos. Semos revient à ce qu'il sait faire depuis longtemps: prendre le micro et aller droit devant. Puis 'Gunshot' arrive avec Stoneman. Et là, le morceau gagne encore en impact. Les deux voix se répondent et donnent au titre une vraie personnalité.
'Artisan', toujours avec Mighty Patch, permet de souffler un peu. Le morceau prend davantage son temps et laisse apparaître un Semos moins frontal.
Avec 'No Limit', on retrouve cette passerelle entre reggae et influences plus urbaines. Un terrain qui lui va plutôt bien. Puis arrive 'Inna Di Dance', avec FYHA P. Bon… le titre annonce la couleur. Ici, on n'est plus vraiment là pour philosopher. On pousse le volume, on laisse le riddim faire son travail et on bouge.
Et puis, 'Je Suis', avec KLM, vient refermer l'EP avec une autre ambiance. Plus posé. Plus intérieur. Une bonne manière de terminer le voyage.
Mais le changement ne se trouve pas uniquement dans la musique. C'est peut-être même là que '2VO' devient vraiment intéressant. Parce que Semos n'a pas simplement empilé de nouveaux morceaux. Il a également fait évoluer sa manière de travailler. L'écriture, les compositions, la production artistique et la direction musicale restent entre ses mains. Mais cette fois, il accepte aussi de s'entourer davantage.
Le mixage et le mastering ont notamment été confiés à Alf au Melmac Studio. Et ça s'entend. Pas dans le sens où 'On Ne Fera Pas De Vieux Os' serait devenu soudainement mauvais. Ce n'est évidemment pas la question. Mais '2VO' paraît plus maîtrisé. Les voix sont mieux installées, les basses trouvent leur place, les arrangements respirent davantage. La dynamique est mieux tenue et le rendu général paraît plus homogène. Le son garde cette petite rugosité qui colle au personnage. Heureusement. Parce que Semos parfaitement poli et emballé sous plastique, ce ne serait plus vraiment Semos.
Les textes aussi ont grandi. Sur le premier projet, Semos posait déjà son univers avec cette écriture directe du MC, parfois sérieuse, parfois avec ce petit décalage qui évite de tomber dans le discours tout fait. Sur '2VO', le propos s'élargit. Liberté, écologie, discriminations, espoir, lien social… les thèmes sont là, mais sans donner l'impression de lire un tract. Et c'est là que le disque gagne en maturité. Il ne s'agit plus seulement de dire ce que Semos pense. Il semble davantage chercher comment le dire. Nuance importante.
Et les copains dans tout ça? Mighty Patch, Stoneman, FYHA P, KLM… On pourrait craindre l'effet « casting de luxe » que l'on rencontre parfois sur certains projets. Mais non. Chacun vient apporter quelque chose au morceau.
Mighty Patch accompagne 'Music Addict' et 'Artisan' avec cette culture dub et roots qu'il développe notamment au sein de Metta Frequencies. Son approche du riddim, très musicale, colle plutôt bien à l'univers de Semos. Metta Frequencies travaille depuis des années autour du reggae, du dub et du stepper, avec Mighty Patch et Mighty Max aux commandes.
Stoneman, lui, n'a plus vraiment besoin d'être présenté aux habitués du reggae belge. Avec Atomic Spliff, il a contribué à imposer ce mélange de reggae, dancehall et rub-a-dub, avec ce goût prononcé pour le flow et les grosses basses. Et son intervention graphique sur '2VO' ajoute une petite boucle supplémentaire: voix et artwork, Stoneman est présent des deux côtés du projet.
FYHA P amène une couleur plus dancehall sur 'Inna Di Dance'. Originaire de Dijon, il évolue dans un univers reggae aux influences sound system et ragga.
Quant à KLM, la collaboration avec Semos n'est certainement pas une première rencontre. Les deux ont déjà travaillé ensemble au sein de Babelsouk, notamment sur 'La Clé', un album qui mélangeait reggae, hiphop, soul et world music.
Et Semos reste Semos. C'est probablement le plus important.
Et puis il y a les Wacky Racers. Parce que 2VO n'est pas seulement destiné à rester dans un casque. Basse, batterie, guitares et sampler: avec les Wacky Racers, les morceaux peuvent maintenant prendre une autre dimension. Et là, on revient forcément au parcours du bonhomme. Après plus de vingt ans de scènes et de projets, Semos n'est évidemment pas un artiste de studio. Il lui faut du volume, du public, des musiciens autour de lui et des morceaux qui peuvent changer de peau une fois les amplis allumés.
Et j'avoue être assez curieux de voir ce que '2VO' va devenir sur scène. Parce qu'un riddim qui fonctionne déjà dans les enceintes peut parfois prendre une toute autre gueule lorsqu'une vraie basse, une batterie et des guitares viennent lui donner de l'air.
Comme si Semos ne savait pas rester tranquille, un morceau est déjà venu prolonger l'aventure. 'GLB Time', avec les Wacky Racers, reprend le Baba Boom des Jamaicans. Le titre est sorti en dehors de l'EP, avec une production qui montre que l'expérience continue après '2VO'. La vidéo est disponible sur la chaîne YouTube de Semos.
Et tiens, voilà encore un petit signe. Semos reprend lui-même les commandes du mix. Comme si le travail accompli sur 2VO n'était finalement qu'une étape.
En mars dernier, nous avions parlé ici même de la campagne Ulule destinée à permettre à '2VO' d'aller au bout de ses ambitions. À l'époque, le disque était encore un projet. Aujourd'hui, il est là. Et finalement, c'est maintenant que l'on mesure ce que cette campagne devait permettre. Un meilleur mixage. Un mastering à la hauteur. Une vraie identité graphique. Des collaborations. Un groupe pour défendre les morceaux sur scène. Bref, pas simplement sortir un EP.
Alors, est-ce vraiment une version 2.0 ? Oui! Mais pas parce que Semos aurait tout recommencé. Au contraire. Il a pris ce qu'il avait appris avant, ses années de scène, ses instruments, ses machines, ses textes, ses rencontres… et il a mis tout cela dans la même marmite. Le résultat est plus mûr, plus collectif et surtout plus affirmé. On pourrait dire que Semos est devenu plus professionnel. Mais ce serait un peu réducteur. Je dirais plutôt qu'il est devenu plus Semos.
Et finalement, pour un artiste qui avance depuis plus de vingt ans, ce n'est peut-être pas la moindre des évolutions. La version 2.0 est là! Maintenant, à lui de voir jusqu'où il peut pousser la suivante.
Semos présente '2VO' en live les 4 et 11 septembre aux 3 Auvergnats à Beaumont !
À propos de l'auteur
MarcraftPlus Moins
Moi, c'est Marcraft, et la pulsation reggae est mon héritage, transmis par mes parents dès l'enfance. Le rythme a pris racine avec la force de Bob Marley dans les années '70. Cette flamme s'est intensifiée avec la voix puissante d'Alpha Blondy dans les années '90 ; son concert révélateur à l'Ancienne Belgique en 1992 fut le véritable point de bascule, m'ancrant dans la culture live et la continuité du genre. Aujourd'hui, c'est sur reggae.be que je traduis cette passion. Mon unique objectif : faire rayonner la scène et la culture reggae belges via cette plateforme.
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publié
23 août 2026